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Lettre à Pierre-Yves Bournazel

                                                                                                                         Paris, le 12 janvier 2020

Cher Pierre-Yves,

Je tenais, par cette lettre, à te remercier pour l’initiative que tu as prise cette semaine. En nous appelant à nous mettre tous les trois, avec Cédric Villani, autour d’une table de travail, tu as rappelé l’essentiel. Quand l’avenir de Paris est en jeu, le projet que l’on porte doit passer avant les questions de personnes qui exaspèrent, à juste titre, les Parisiens. Je regrette très sincèrement que Cédric Villani ait décliné cette proposition, car je crois que l’écoute et le dialogue ne sont jamais une perte de temps.

La réunion de travail que nous avons tenue ensemble hier a permis des échanges nourris et précis sur les projets que nous souhaitons respectivement porter pour notre ville. Je retiens de cette rencontre des convergences profondes dans nos approches, tant dans les objectifs poursuivis que sur la méthode que nous souhaitons mettre en place.

Nous partageons la conviction que nous sommes à un tournant de l’histoire urbaine. L’hyper-densification n’apporte guère de solutions à la crise du logement, alors même qu’elle étouffe les espaces de respiration si nécessaires dans une métropole du XXIe siècle. Le défi du changement climatique, le bien-être et la santé des habitants nécessitent de mettre un terme à la bétonisation subie ces dernières années, et le mandat qui vient devra être celui qui aérera la ville pour faire respirer les Parisiens. Tu as eu raison de t’opposer au projet actuel, porté par la maire de Paris, pour Bercy-Charenton. J’ai déjà eu l’occasion de dire que je partageais tes inquiétudes : il faudra y revenir, pour proposer une alternative avec moins de densité, moins de hauteur et plus de place pour la logistique urbaine avec la Seine si proche. De la même manière, je souhaite que nous puissions revoir entièrement les projets « Saint Vincent de Paul » (dans le 14e arrondissement), « Picpus » (dans le 12e arrondissement), et que nous mettions un terme définitif à celui du TEP Ménilmontant, aujourd’hui simplement suspendu par la maire de Paris.

Ces projets d’arrière-garde, qui ne correspondent plus aux attentes des Parisiens, ont trop souvent été imposés de manière opaque et autoritaire. Un changement profond dans la gouvernance de la ville est nécessaire. Elle est aujourd’hui centralisée, solitaire et partisane. C’est une approche d’un autre âge. Là aussi, le changement doit être radical.

Le prochain maire de Paris ne pourra plus ignorer les communes qui l’entourent, ne jamais dialoguer avec les départements de la petite couronne et se complaire dans un bras de fer stérile avec la Région Ile-de-France. Les Parisiens ont besoin d’un maire qui défende leurs intérêts, bien sûr, mais en dialoguant avec les principaux partenaires de la Ville que sont l’État, la Région et le Grand Paris. Les idéologies doivent être laissées de côté car elles n’ont rien apporté de positif à ce vaste territoire francilien ni à ses habitants. Cette dimension métropolitaine est présente dans le projet que tu portes et tu sais que je la partage pleinement.

Pour être un grand maire de Paris, le prochain maire de Paris doit aussi accepter de faire confiance à ses maires d’arrondissement, quelle que soit leur sensibilité politique. Toutes les décisions ne peuvent pas se prendre de manière isolée depuis l’Hôtel de Ville. Les maires d’arrondissement sont en première ligne pour répondre aux problèmes du quotidien des Parisiens qu’ils connaissent mieux que quiconque. Nous partageons, là encore, toi et moi une conviction : le prochain mandat doit être celui de la décentralisation de compétences nouvelles dans les mairies d’arrondissement, au plus près du terrain, qu’il s’agisse de la propreté, de la voirie ou des espaces verts.

Je partage également ton approche sur la question démocratique et la place de nos concitoyens dans la vie de la cité. Le prochain maire ne pourra plus dessiner Paris seul depuis son bureau. Le véritable changement passera par les Parisiens eux-mêmes. Comme toi, je souhaite que nous puissions les associer directement aux processus de décision, en particulier lors de consultations sur les grands projets à venir.

J’ai souvent eu l’occasion de rappeler qu’être maire, c’est faire. C’est à la fois porter une vision pour l’avenir et se préoccuper de tous les détails du présent. C’est en étant irréprochables sur ceux-ci que l’on peut être crédibles sur celle-là. On ne peut plus, par exemple, considérer que les incivilités de tous les jours ne sont pas du « niveau » du maire de Paris : rien de ce qui affecte la vie de ses habitants ne doit lui être étranger. Nous avons tous les deux défendu la nécessité de créer une police municipale, si longtemps rejetée par la majorité sortante. Je retiens aussi du projet que tu portes la volonté de mettre en œuvre un principe simple : « tu casses, tu répares ; tu salis, tu nettoies ». Le travail d’intérêt général a un rôle clef à jouer, tant en termes de prévention que de sanction et d’apprentissage. Je retiens également ton souhait de créer un numéro unique pour la police municipale, qui serait le 7517, afin que celle-ci soit la plus proche possible des habitants.

C’est en étant solides sur nos valeurs et en travaillant à l’écoute des Parisiens que nous parviendrons à surmonter les défis imposés par les grandes transformations écologiques, économiques et sociales de l’époque. Il revient à notre génération politique de refaire de Paris une promesse de liberté quand elle est trop souvent devenue oppressante pour ses habitants.

Je souhaite que ces convergences sur le fond nous permettent de bâtir ensemble le changement que les Parisiens appellent de leurs vœux. Nous le ferons autour d’une majorité de projet et non d’une majorité partisane. Une majorité dont le pluralisme sera le reflet des mille visages de Paris. Je souhaite ce pluralisme car c’est ce qui donnera de la force au prochain maire de Paris. C’est aussi ce qui éclairera le mieux les choix parfois difficiles qu’il aura à faire.

Ensemble continuons le travail engagé au service des Parisiennes et des Parisiens.

Très amicalement.
Benjamin Griveaux

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