Pourquoi Paris ?


Ce n’est pas à Paris, mais dans le sud de la Bourgogne que je suis né et que j’ai grandi, à Chalon-sur-Saône, entre terres industrielles et vignobles de Saône-et-Loire. Comme tant d’entre nous, je suis devenu parisien en « montant à la capitale » pour y faire mes études. Je ne soupçonnais pas alors à quel point ma vie allait en être bouleversée.

A commencer par une rencontre avec un homme qui a changé ma vie : Michel Rocard. Comme beaucoup de celles et ceux de ma génération, qui avons eu vingt ans à la fin des deux mandats de François Mitterrand, je trouvais notre vie politique sclérosée : Michel Rocard m’a montré qu’elle pouvait être sans cesse créative, pour peu que l’on sache toujours rester libre. Témoin en Saône-et-Loire de la « fracture sociale » révélée par la campagne présidentielle de 1995, je trouvais la politique impuissante. Michel Rocard m’a montré, et Dominique Strauss-Kahn avec lui, que l’injustice n’avait rien d’une fatalité ; qu’il fallait apprendre à regarder le monde tel qu’il est et non tel que des idéologies désuètes voudraient nous le faire voir.

Les années ont passé. J’ai quitté Paris une fois, quand j’ai décidé de m’engager, comme élu local, à Chalon-sur-Saône, afin d’y prendre la responsabilité de l’ensemble des politiques sociales. J’ai voulu lutter contre la pauvreté, l’assignation à résidence. Contre le fatalisme que j’avais vu, enfant, grignoter la vie de mes camarades de classe qui avaient eu la malchance de naître dans des milieux sociaux moins favorisés. J’ai été confronté à la montée des fractures territoriales, à la surdité souvent, l’égoïsme parfois, de certaines métropoles, à la péremption des clivages politiques. Mais j’ai aussi été heureux de voir des sourires se dessiner sur les visages quand des problèmes étaient résolus ; si fier également du dévouement des élus et des fonctionnaires sur le terrain ; si admiratif, enfin, des personnes engagées bénévolement dans l’action associative. Ce sont des choses que je n’oublierai jamais. J’ai acquis une certitude au fil de ces années et de ces rencontres : ni les barrières sociales, ni les obstacles financiers, ni les plafonds de verre ne résistent aux personnes de bonne volonté.

Tout m’a pourtant toujours ramené à Paris. C’est là que j’ai rencontré ma conjointe et là que nous avons décidé de fonder une famille et de voir grandir nos trois enfants. C’est là que j’ai découvert le goût d’entreprendre, en lançant deux entreprises, puis que j'ai été salarié dans une troisième. C’est là que les Parisiens des 3e et 10e arrondissements de Paris ont fait de moi leur député et que j’ai eu l’honneur de servir mon pays pendant ces deux années passées au gouvernement, d’abord à Bercy puis comme porte-parole. C’est là que j’ai mes amis, ceux qui ne font pas de la politique, pour la plupart, mais aussi ceux avec qui nous avons construit cette aventure incroyable d’En Marche !. De la fondation du mouvement à ma candidature à la Mairie de Paris, j’ai de nouveau fait mille nouvelles rencontres qui façonnent chaque jour encore ce que je suis.

Les habitants disent tout de l’âme d’une ville : bien plus que ne pourraient le dire nos places, nos quartiers que nous aimons tant, nos institutions ou nos musées. Paris, c’est ce que les Parisiens, depuis des générations, ont décidé d’en faire. Nous aimons nos rues, non pas pour leur beauté, mais parce qu’y sont nées des révolutions. Nous aimons les coins cachés de Paris, non pour leur mystère, mais parce que nos cœurs s’y sont emballés. C’est la grande histoire qui s’entremêle à la petite, notre destinée politique qui se mêle à notre quotidien.

Mes enfants ne connaîtront pas le Paris de mes vingt ans, celui qui a changé ma vie. À bien des égards, ils n’en connaîtront pas certains travers. Mais, si l’on ne fait rien, alors que l’urgence climatique nous étouffe, que la mobilité sociale est à l’arrêt, que l’insécurité croît, que Paris se vide de ses habitants et donc de sa force vitale, ils n’en connaîtront pas non plus les chances.

C’est la raison profonde de ma candidature.

Benjamin Griveaux, candidat à la mairie de Paris
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